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Un débris de tropUn débris du Boeing 757-200 du vol American Airlines 77 a été retrouvé sur la pelouse du Pentagone, le 11 septembre 2001. L’enquête de Thierry Meyssan tombe à l’eau. Le doute n’est plus permis : l’avion s’est bel et bien écrasé sur le département de la Défense. Fermez votre livre. Mais les journaux qui ont publié la photographie de ce débris comme un élément de preuve ont peut-être brûlé les étapes en ne procédant pas aux vérifications élémentaires. Ils semblent en effet avoir trouvé un débris dont le Pentagone lui-même ne connaissait pas l’existence. On est d’ailleurs bien en peine de définir de quelle partie du Boeing ce morceau de tôle peut provenir. Le débris d’un avion « pulvérisé », « fondu », « gazéifié » La fameuse photographie a été prise par Mark Faram, reporter photographe pour l’agence CNA, et utilisée initialement dans le Navy Times (voir cahier photo p. XVI). Elle a été publiée pour la première fois en France par Le Monde, le 21 mars 2002. Par la suite, plusieurs journaux l’ont reprise en couleur et en pleine page. Cette photo représente un morceau de tôle tordu, de couleur blanche et rouge, ressemblant à un débris aéronautique. Pour tous les journaux qui évoquent l’affaire, cette image est bien plus que cela : elle est la preuve photographique que le vol AA77 s’est écrasé sur le Pentagone, puisque naturellement, elle représente un débris du Boeing 757-200 d’American Airlines. En la matière, Le Monde a donné le "la". Publiée en haut d’une page intitulée « Internet véhicule une rumeur extravagante sur le 11 septembre », la photographie est ainsi légendée : « Cette image a été prise par un photographe militaire du Navy Times, le 11 septembre 2001. Selon l’agence Associated Press (AP), qui la diffuse, la photo montre un débris de l’avion sur l’héliport ouest du Pentagone. AP précise que des morceaux ont été éparpillés par le choc jusqu’à l’autoroute avoisinante. Il s’agit de l’un des rares documents disponibles dans les agences photographiques. Mark Faram, l’auteur du cliché, a confirmé son authenticité au Monde, mardi 19 mars. » [1] L’éditorial du journal, publié le même jour, est encore plus catégorique sur ce que la rédaction pense de l’image: « Des témoins ont vu l’avion avant qu’il ne s’écrase sur le Pentagone, une photo a même montré un morceau de fuselage à une centaine de mètres de l’immeuble. » Dans le même temps, et sans craindre la contradiction, le journal rassure ses lecteurs surpris par le peu de preuves matérielles de la présence de l’avion : des experts - anonymes - expliquent que l’appareil s’est désintégré sous le choc et a, de surcroît, fondu. « L’impact s’est produit avec une extrême énergie, provoquant la pulvérisation de l’appareil, note l’un d’entre eux, et un embrasement immédiat. A la différence des voitures, les avions sont surtout composés d’aluminium, qui rentre en fusion vers 600°C, et les structures de l’appareil ont pu fondre. » [2] Par la suite, d’autres journaux reprennent cet argument, pourtant contradictoire avec la photo du débris présumé. « Quid de l’absence des ailes ? Les experts en aéronautique sont catégoriques : fabriquées en aluminium, elles ont tout simplement fondu dans le brasier », analyse Marianne. [3] Pourquoi pas ? Mais on devrait alors trouver cent tonnes de métal fondu. Ce qui n’est pas le cas. Pour expliquer ce mystère, on apprend alors aux lecteurs que la température a atteint le point de gazéification. « L’intensité de la chaleur causée par la déflagration peut aisément pulvériser l’appareil. Meyssan ne le sait peut-être pas, mais à 3000°, l’aluminium se transforme en gaz ! » enseigne doctement Entrevue. [4] Bien entendu, on ne s’interroge pas sur les conséquences d’une telle hypothèse. Si l’avion a brûlé à plus de 3000° à l’intérieur du bâtiment, à hauteur du rez-de-chaussée et du premier étage, comment croire que les étages supérieurs aient pu résister à une température aussi élevée ? Et comment les autorités ont-elles pu identifier les victimes prétendument retrouvées dans cette fournaise ? Car, autre preuve apparemment incontestable du crash de l’avion sur le Pentagone, Libération précise à ses lecteurs qu’une passagère « a été identifiée grâce à ses empreintes digitales. » [5] Comment croire que le métal a fondu, s’est « gazéifié » et que les corps humains sont encore identifiables ? Selon ces journaux, l’avion a donc été « pulvérisé » avant de « fondre » et de se « transformer en gaz ». Ils en ont cependant identifié catégoriquement un débris pas du tout calciné. Le Pentagone n’a pas retrouvé le débris Les publications qui ont présenté ce débris réfutent, en fait, la version officielle. Il ressort, en effet, des conférences de presse au Pentagone des 12 et 15 septembre 2001, qu’aucun morceau important de l’avion n’a été retrouvé. Selon le département de la Défense, les seuls éléments qui auraient été récupérés seraient les boîtes noires et un phare, le 14 septembre 2001. Le 12 septembre, un journaliste demande à Ed Plaugher, chef des pompiers du comté d’Arlington, s’il reste quelque chose de l’avion. Sa réponse ne prête pas à confusion : « A propos de l’avion, il y a des petits morceaux de l’appareil visibles de l’intérieur, au cours des opérations de lutte contre l’incendie dont je vous parlais, mais pas de grands morceaux. En d’autres termes, il n’y a pas de morceaux de fuselage, ou ce genre de choses. » [6] Le 15 septembre, lors d’une nouvelle conférence de presse, relative cette fois à la reconstruction du Pentagone, Terry Mitchell est à son tour interrogé sur ce qu’il a pu voir comme preuve de l’avion (« plane evidence »). Il indique qu’on ne pouvait en voir que de « petites pièces ». La question suivante nous intéresse particulièrement : « A quelle profondeur à l’intérieur du bâtiment [se trouvaient ces morceaux de l’avion] ? Encore une fois, nous essayons de comprendre comment il est entré dans le bâtiment… » La réponse officielle est éloquente : « On peut commencer par voir la fin de la vidéo, avant de revenir là-dessus ? » Les journalistes approuvent et M. Mitchell ne reviendra plus jamais à cette question pourtant primordiale. [7] Interrogé lui aussi sur les preuves matérielles de l’avion, Lee Evey, chef de projet de l’Opération rénovation du Pentagone répond qu’il « y a des preuves considérables de l’avion à l’extérieur. Ça n’est juste pas très visible. […] Aucun de ces morceaux ne sont très grands et les quelques pièces plus grandes, ici, ressemblent à des conduites de moteur d’avion, elles sont circulaires. » [8] Le 14 septembre, le département de la Défense annonce que les sauveteurs ont retrouvé les deux boîtes noires, à quatre heures du matin [9]. Puis un phare. Puis plus rien. Les recherches sont interrompues lorsque les travaux de destruction-reconstruction débutent. Du prétendu débris de Boeing photographié par Mark Faram, il n’est jamais question dans les déclarations officielles. Dans les premiers jours qui suivent l’attentat, les autorités ne mentionnent donc l’existence que de petits débris, de fragments métalliques non identifiables, qui pourraient provenir de tout autre chose. Nul parmi les pompiers, les architectes et les officiels du département de la Défense n’a vu le moindre morceau de fuselage sur les lieux de l’attentat - à l’exception du secrétaire à la Défense, Donald Rumsfeld (cf. chapitre « Disparition d’un avion »). Six mois plus tard, la presse française a donc retrouvé un morceau de l’appareil totalement inconnu du Pentagone lui-même. Six mois plus tard, le FBI peut presque reconstituer l’avion Mais la version du département de la Défense n’est pas la seule version officielle. Six mois plus tard est donnée une autre version des faits. En avril 2002, peu de temps après la sortie du livre L’effroyable imposture, Valérie Labrousse, de l’agence Digipresse, retourne à Washington. [10] Elle y contacte les autorités afin qu’elles s’expriment sur le sujet. La déclaration du FBI est troublante : ses agents auraient récupéré une grande partie des débris, rendant ainsi possible une reconstitution quasi-complète de l’épave du Boeing. Une version confirmée par Chris Murray, porte-parole du FBI à Washington, interrogé par Libération : « Les pièces de l’avion sont stockées dans un entrepôt et elles sont marquées des numéros de série du vol 77. » [11] L’avion n’a donc pas été pulvérisé en une multitude de petites pièces, comme l’affirmait le Pentagone en septembre 2001. Il n’a pas non plus fondu, comme l’expliquaient plusieurs journaux français en mars 2002. Non : en avril 2002, l’avion peut pratiquement être reconstitué par le FBI. Plus de six mois après les faits, la mémoire revient même à plusieurs témoins. Ed Plaugher, le chef des pompiers d’Arlington qui témoignait, en septembre 2001, n’avoir vu que des petits morceaux de l’avion et pas de « sections » du fuselage est interrogé une nouvelle fois par Valérie Labrousse. Il dément ses propres déclarations : après avoir reconnu être arrivé sur les lieux 35 à 40 minutes après l’attentat, il détaille avoir vu : « des morceaux de fuselage, les ailes, le train d’atterrissage, des morceaux de moteur, des sièges. Je peux vous l’affirmer, il y avait un avion. » Avant de préciser : « Un avion de ligne. » [12] Donc, 35 à 40 minutes après le crash, alors que le feu ravageait l’intérieur du Pentagone, avec une température avoisinant 3000°C pour faire brûler la carlingue, on pouvait s’approcher du brasier et reconnaître des sièges de Boeing. Ed Plaugher indique même avoir « vu » (sic) une des deux boîtes noires, qui ne sera pourtant retrouvée que trois jours plus tard. Une boîte noire officiellement inexploitable parce que laissée trop longtemps exposée à une très forte chaleur. Le 30 mars 2002, Libération publie un autre témoignage confirmant la présence de débris. Selon Arthur Santana, « des sauveteurs ramassaient des morceaux de l’avion un peu partout. Les morceaux étaient enfouis dans des sacs en plastique marron qui étaient marqués des lettres "preuves matérielles" ("evidence", en anglais), et une partie de cette zone a été entourée de scotch jaune. Un gros morceau de l’avion, soulevé par deux personnes, laissait clairement voir la lettre "C" d’American Airlines. » [13] Le quotidien publie d’ailleurs un autre témoignage, celui de Mike Walter : « Après l’explosion, j’ai marché en direction du Pentagone. J’étais à plus de 100 mètres de l’impact, mais il y avait des morceaux de fuselage un peu partout. Plusieurs fois, j’ai dû enjamber des débris. Je me souviens même de quelqu’un qui a ramassé un morceau et s’est fait prendre en photo, avec le Pentagone en arrière-plan. » Selon Libération, « le journaliste confirme toutefois que les débris de l’avion n’étaient pas de grosse taille. » Le 11 avril, Jamie Mc Intyre, correspondant de CNN au Pentagone, confie à Paris-Match la manière dont il a vécu le crash, alors qu’il était à son bureau, au Pentagone. « J’ai immédiatement couru sur les lieux du crash. Des centaines de morceaux d’avion jonchaient le sol, dont un morceau du fuselage et une partie du pare-brise du cockpit que CNN a fait expertiser. » [14] On nous parle maintenant de débris imposants, identifiables et même de photos prises de ces débris. Pourtant, aucune de ces images (à l’exception de celle de Mark Faram) n’a été publiée, ni même conservée par les agences de presse. Pourquoi ? Et comment le Pentagone, qui n’a retrouvé, officiellement, qu’un phare et deux boîtes noires, a-t-il pu ne pas se rendre compte de tous ces débris de Boeing sur sa pelouse ? Sans remettre en cause la fiabilité de ces nouveaux témoignages, se pose au minimum la question de leur interprétation. Une photo qui pose problème L’argument qui permet de faire de ce débris non identifié un morceau de fuselage réside dans une ressemblance dans les couleurs. Effectivement, il semble que le rouge détouré de blanc corresponde aux couleurs d’American Airlines. Cependant, premier détail troublant, le débris ne semble pas avoir la couleur argentée caractéristique des avions de la compagnie américaine. De plus, en examinant attentivement les photographies disponibles de Boeing 757-200 de cette compagnie, il apparaît difficile d’identifier un seul endroit dont pourrait provenir ce morceau de fuselage. Le détour courbé du rouge et du blanc exclut qu’il s’agisse des lettres « AA » très angulaires figurant sur la queue. De la même manière, une étude de la large bande bleue, blanche et rouge qui fait le tour de la carlingue et figure également sur le nez de l’avion permet d’affirmer que le débris ne peut pas en provenir. Les ailes ne comportent pas de rouge, mais seulement du noir et du blanc. Le dessous de l’appareil est uniquement de couleur gris métallisé. Il reste donc le mot « American » inscrit sur le côté du Boeing. Mais là encore, nouveau problème : la forme des couleurs semble indiquer qu’il s’agit du coin d’une lettre. On devrait donc observer juste à côté, le détour de la lettre suivante. Or, on ne distingue rien de tel sur la photo. Dernière possibilité : qu’il s’agisse de la dernière lettre du mot. Mais là, nouveau problème : on devrait pouvoir distinguer le détour de la porte, qui jouxte la lettre « n ». Rien de tel n’apparaît sur cette photo. Le débris ayant été déformé par l’explosion, il semble hasardeux toutefois d’affirmer qu’il ne peut absolument pas provenir d’un Boeing d’American Airlines. Mais il l’est au moins autant d’affirmer qu’il s’agit obligatoirement d’une partie de la carlingue : rien n’est moins sûr, et aucune pièce ne semble correspondre. Quant aux couleurs dont on nous dit qu’elles sont nécessairement celles d’American Airlines, elles sont avant tout celles des États-Unis. On les retrouve donc sur un grand nombre de véhicules et d’aéronefs officiels ou militaires. On se souvient que, selon plusieurs témoins, un hélicoptère était stationné devant la façade, juste avant l’explosion. Certains d’entre eux indiquent que l’appareil qui a frappé le Pentagone a d’abord percuté l’hélicoptère avant de s’encastrer dans la façade. [15] Pourquoi ce débris n’en proviendrait-il pas ? "Ce n’est pas un élément de preuve et c’est présenté de façon à le faire croire" Le Pentagone lui-même déclarait en septembre 2001 qu’il n’existait pas de morceaux importants. Il y a donc peu de chances que ce fameux débris provienne du vol AA77. Hervé Kempf, journaliste au Monde, ne peut pas ignorer toutes ces incohérences. Le 23 mars 2002, au cours de l’émission + Clair, sur Canal +, Thierry Meyssan le confronte aux contradictions que soulève la publication de cette photo dans le quotidien :
On peut effectivement relire la légende de la photographie, citée plus haut, et se ranger du côté d’Hervé Kempf : il n’y a pas d’ambiguïté, ce débris est clairement présenté comme un débris du Boeing, même si la paternité de cette authentification est accordée à Associated Press. L’éditorial était, quant à lui, totalement affirmatif. Que vient donc de nous dire Hervé Kempf ? Qu’il savait que cette photographie ne représentait pas un « élément de preuve ». Qu’il en a fait part au cours d’une réunion de la rédaction. Mais comme, « une rédaction, ce n’est pas monolithique », les autres journalistes, que l’on imagine majoritaires ou hiérarchiquement supérieurs, ont néanmoins choisi de publier cette photo, sans aucune garantie sur ce qu’elle pouvait représenter. Et cette publication s’accompagne même d’une légende et d’un éditorial qui visent à faire croire au lecteur qu’aucun doute n’est possible sur la nature du débris, qu’il provient bien évidemment du Boeing 757-200 disparu d’American Airlines. Voilà une intéressante conception de la fiabilité de l’information au sein d’un journal. La déclaration télévisée d’Hervé Kempf est très dure vis-à-vis de son propre journal. Nous avons interrogé le journaliste de façon à lui permettre de s’exprimer et de revenir sur cet épisode. Il pense que la photo représente bien un morceau du Boeing, mais confirme également qu’il était opposé à sa publication : « J’avais un problème avec l’utilisation de la photo comme preuve. Pour moi, ce qui compte, c’est le contexte, l’auteur, les conditions de fabrication du document, l’environnement sociologique de cette fabrication. […] Or, à ce moment-là, nous n’avions pas encore pu interroger Mark Faram. Nous l’avions contacté par e-mail et il nous avait simplement confirmé être l’auteur de la photo. » Il développe sa conception méthodologique du travail d’enquête : « Pour moi, l’essentiel, ce sont les témoignages. J’ai une formation d’historien, et en histoire, le témoignage est primordial. » Nous verrons plus loin que l’analyse des différents témoignages aurait également dû conduire à plus de circonspection. En attendant, il semble bien que Le Monde ait fait preuve d’une précipitation coupable : publier sans aucune précaution méthodologique une photo de débris, sans même avoir pu en parler avec son auteur, et sans prendre en compte les contradictions que soulève ce document par rapport à la version officielle du Pentagone. Voilà un manque de rigueur d’autant plus surprenant de la part du Monde, que celui-ci consacre son éditorial à donner des leçons de déontologie à Thierry Meyssan. Convaincre le lecteur à tout prix ? Le 23 mars 2002, au soir de la diffusion de l’émission de Canal +, le public français savait donc que la photographie du débris publiée dans Le Monde n’était pas un « élément de preuve ». Il savait également que ce débris ne figurait pas parmi les éléments officiellement récupérés par les militaires américains. Son authenticité, en tant que débris de Boeing, était donc gravement remise en cause. Pourtant, dans les jours qui suivent l’émission, plusieurs publications vont, sans craindre d’induire leurs lecteurs en erreur, à nouveau produire cette photographie comme un élément de preuve contre l’enquête de Thierry Meyssan. Successivement Marianne, [16] Entrevue, [17] et Paris-Match [18] publient à nouveau la photo de Mark Faram, sans la moindre précaution rhétorique. Pour Saveria Rojek, journaliste à Paris-Match travaillant aux États-Unis, l’intervention d’Hervé Kempf sur Canal + ne constituait pas un motif suffisant pour ne pas publier la photo. La journaliste a, en effet, fait « authentifier » la nature du débris par un expert. Selon ce dernier, la couleur verte qu’il distingue sur la partie interne du débris serait caractéristique de la peinture utilisée dans l’aéronautique pour prévenir la carlingue de la corrosion et ceci prouverait que l’on a affaire à un débris du vol 77 d’American Airlines. Saveria Rojek a également recueilli l’avis du photographe, Mark Faram : « Je suis arrivé sur place quatre minutes après le crash car je prenais mon petit déjeuner dans l’enceinte du Pentagone. Le lieu ressemblait à un site de crash d’avion. J’étais dans la marine dans les années 70 et affecté aux secours sur les catastrophes, y compris aériennes. Des scènes de crash, j’en ai donc vu pas mal. Lorsque j’ai aperçu cette pièce qui jonchait le sol, je n’ai pas eu de doute : c’était un morceau de l’avion. Cette couleur argent, ces rayures bleu et rouge, c’était indéniablement un avion d’American Airlines. C’est le plus gros morceau que j’ai vu. Il n’est absolument pas possible que quelqu’un l’ait apporté à cet endroit car il n’y avait quasiment personne à ce moment-là. D’autres morceaux plus petits étaient éparpillés un peu partout, de couleur alu argenté et vert à l’intérieur. » L’authentification de l’expert et le témoignage du photographe ont donc permis à la journaliste de publier la photo « en tout état de cause ». Pourtant, de nombreuses questions restent en suspens. Par exemple, ce type de peinture étant également utilisée pour les carlingues d’hélicoptère, en quoi sa présence permettrait-elle d’affirmer qu’il s’agit d’un débris de Boeing 757-200 ? Comment expliquer que ce débris soit si éloigné du point d’impact ? De quelle partie de l’avion provient-il ? Pourquoi les autorités américaines ne l’ont-elles pas récupéré ? Pourquoi n’y a-t-il pas d’autres débris visibles ? Est-ce parce que l’avion s’est désintégré, a fondu et s’est gazéifié ? A toutes ces interrogations, nous n’avons pas obtenu de réponse. En médaillon, Paris-Match produit également une deuxième « preuve ». Dans un amas de matériaux non-identifiables, on peut difficilement distinguer une forme sombre et circulaire, ressemblant vaguement à un pneu. Devant la faible qualité de la photo, on se demande si l’on n’est pas en face d’un test psychologique où chacun est invité à projeter ses propres fantasmes. Pourtant, Paris-Match affirme avoir reproduit là, « disloqué, mais parfaitement identifiable (sic), un pneu du train d’atterrissage », qui aurait été « également […] retrouvé. » Par qui ce pneu a-t-il été retrouvé ? L’heureux propriétaire de cet encombrant objet n’aurait-il pas dû le transmettre aux autorités américaines, qui ne disposaient en septembre que d’un phare et des boîtes noires ? Là encore, pas de réponse… La « contre-enquête » sur Internet La même précipitation caractérise l’ensemble des journaux qui ont publié cette photo de débris en le présentant sans aucune précaution comme provenant du Boeing 757-200 d’American Airlines. La plupart des journalistes n’ont même pas fait la démarche minimale effectuée par Saveria Rojek, c’est-à-dire recueillir l’avis du photographe et d’un expert. Le travail de contre-enquête s’est finalement limité à bien peu de choses. Voulant répondre à une « rumeur venant du Net », plusieurs journaux ont jugé utile de renvoyer leurs lecteurs vers deux sites Internet présentés comme des références ultimes : le francophone Hoaxbuster [19] et l’anglophone Snopes [20]. Le travail de contre-enquête ne semble pourtant pas avoir été mieux réalisé sur ces sites. Snopes, par exemple, à l’opposé de la version officielle, affirme que « tous les cinq anneaux » (« all five rings ») ont été endommagés par le Boeing. A l’appui de cette assertion, le site publie une photo du Pentagone en chantier, prise le... 11 mars 2002, soit six mois après les événements, et surtout, après que les autorités aient fait démolir toute l’aile du bâtiment pour la faire reconstruire. Cela prouve indubitablement, selon les rédacteurs de ces pages, que l’avion a fait bien plus de dégâts que ceux décrits dans L’Effroyable Imposture. Mais comme, apparemment, la contradiction ne les gêne pas, quelques lignes plus bas ils précisent que trois - seulement - des cinq anneaux concentriques ont été endommagés par l’avion. Devant une telle présentation des faits, ce n’est plus une éventuelle preuve d’avion que l’on recherche, mais un indice de bonne foi des auteurs du site. Se contredisant encore, Snopes indique un peu plus loin que, « d’après ce que les témoins décrivent et ce que les photos démontrent », l’avion a touché le sol avant l’impact, ce qui a considérablement réduit sa vitesse et donc les dégâts qu’il pouvait causer. A notre connaissance, aucun témoin n’a relaté une telle version. Par ailleurs, les différentes photographies diffusées officiellement sur les sites de l’armée américaine montrent une pelouse parfaitement intacte. Snopes ne cite d’ailleurs aucun témoignage,
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[1] "Internet véhicule une rumeur extravagante sur le 11 septembre", Le Monde, 21 mars 2002. [2] "Un avion a bel et bien frappé le Pentagone", Le Monde, 21mars 2002 : http://www.lemonde.fr/article/0,598... [3] "Rumeurs - Le pape a-t-il organisé les attentats du 11 septembre ? ", Eric Dior, Marianne, 1er au 7 avril 2002. [4] "Ardisson complice d’une imposture", Entrevue, avril 2002. [5] "Pourquoi la démonstration de Meyssan est cousue de très gros fils blancs", Libération, 30 mars 2002. [6] "DoD News Briefing", Defense Link, Department of Defense, 12 septembre 2001 : http://www.defenselink.mil/news/Sep... [7] "DoD News Briefing on Pentagon Renovation", Defense Link, Department of Defense, 15 septembre 2001 : http://www.defenselink.mil/news/Sep... [8] "DoD News Briefing on Pentagon Renovation", déjà cité. [9] "Black Boxes Found at Pentagon Crash Site", American Forces Press Service, Defense Link, Department of Defense, 14 septembre 2001 : http://www.defenselink.mil/news/Sep... "Flight data and cockpit voice recorders found", Defense Link, Department of Defense, 14 septembre 2001 : http://www.defenselink.mil/news/Sep... [10] "Dossier 11 Septembre", Digipresse : http://digipressetmp4.teaser.fr/sit... [11] "Pourquoi la démonstration de Meyssan est cousue de très gros fils blancs", Libération, 30 mars 2002. [12] "Ed Plaugher : La mémoire à rebours", Digipresse, 22 Mai 2002 : http://digipressetmp4.teaser.fr/sit... [13] "Pourquoi la démonstration de Meyssan est cousue de très gros fils blancs", déjà cité. [14] "Pentagone, La rumeur pulvérisée", Saveria Rojek et Romain Clergeat, Paris Match, 11 avril 2002. [15] Voir notamment : "Blessés, incendies et débris au Pentagone", Agence France-Presse, 11 septembre 2001. Article reproduit par Cyberpresse : http://www.cyberpresse.ca/reseau/mo... [16] "Rumeurs - Le pape a-t-il organisé les attentats du 11 septembre ? ", Eric Dior, Marianne, 1er au 7 avril 2002. [17] "Ardisson complice d’une imposture", Entrevue, avril 2002. [18] "Pentagone, La rumeur pulvérisée", Saveria Rojek et Romain Clergeat, Paris Match, 11 avril 2002. [19] http://www.hoaxbuster.com/hdossier/... (l’expression anglais " hoax buster ", calquée sur le titre du célèbre film Ghost Buster, désigne " celui qui expulse les rumeurs ") [20] http://www.snopes2.com/rumors/penta... |
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